Lancée officiellement le 1er juillet 2023, l’hospitalisation à domicile (HAD) peine à se développer dans notre pays. Une enquête réalisée par Santhea montre qu’en 2025, l’HAD progresse. Pour la première fois, l’objectif budgétaire de l’INAMI a été dépassé. Trois hôpitaux généraux sur quatre proposent l’hospitalisation à domicile aux patients.
Amélie Goossens, conseillère économique chez Santhea, a présenté un état des lieux de l’HAD lors d’une journée d’étude organisée par la fédération hospitalière le 14 avril. Actuellement, deux formes de HAD sont organisées dans notre pays. Elles consistent en l’administration de médicaments par voie intraveineuse dans le cadre d’un traitement antibiotique et en l’administration parentérale de médicaments dans le cadre d’un traitement anticancéreux.
Cadre strict
De nombreuses règles encadrent l’organisation de l’HAD :
- La décision d’engager une hospitalisation à domicile relève de la responsabilité du médecin spécialiste de l’hôpital.
- La décision d’hospitalisation à domicile tient compte des informations fournies par le médecin généraliste détenteur du DMG.
- La surveillance du traitement en hospitalisation à domicile incombe également au médecin spécialiste.
- L’hôpital doit toujours être immédiatement disponible en cas d’appel émanant des patients traités à domicile. Il doit donner les instructions nécessaires et, en cas d’urgence, réadmettre immédiatement le bénéficiaire à l’hôpital.
- La préparation, le transport et le contrôle de la délivrance des médicaments et dispositifs médicaux relèvent de la responsabilité du pharmacien hospitalier.
- L’hôpital est responsable du traitement des déchets.
- L’équipe de soins à l’hôpital est chargée de mettre en route le plan de soins et assure également la coordination et la transmission d’informations (de préférence par voie électronique) vers les dispensateurs de soins et d’aide concernés.
- La responsabilité du praticien de l’art infirmier à domicile s’applique à la dispensation quotidienne de soins au bénéficiaire à domicile dans le cadre de l’hospitalisation à domicile.
- Chaque hôpital doit élaborer un protocole.
Augmentation progressive
Selon les derniers chiffres de l’INAMI pour 2025, analysés par Amélie Goossens, 73 % des hôpitaux généraux pratiquent l’HAD. 3 466 patients ont bénéficié d’une HAD en 2025, pour un total de 66 500 journées. Santhea révèle une augmentation notable (+25 %) du nombre de patients en HAD entre 2024 et 2025.
Les données révèlent des différences régionales. L’HAD est plus développée à Bruxelles et en Flandre qu’en Wallonie.
Au niveau national, 69 % des HAD concernent l’antibiothérapie et 31 % l’oncologie. Là aussi, la conseillère économique de Santhea pointe des différences régionales : le ratio antibiothérapie/oncologie est de 80 % contre 20 % à Bruxelles, 82 % contre 18 % en Flandre et 54 % contre 46 % en Wallonie.
Pour la première fois depuis 2023, l’objectif budgétaire pour l’HAD a été dépassé en 2025, avec des dépenses cumulées à hauteur de 5 825 695 euros.
Contacts avec le MG
Amélie Goossens a également mené une enquête en février 2026 auprès des membres de Santhea (15 numéros d’agrément sur 21 ont répondu, NDLR), afin de les comparer à une autre enquête réalisée conjointement avec Unessa en novembre 2024. Cette enquête révèle que la majorité des hôpitaux ont des contacts avec les médecins généralistes, mais essentiellement pour prévenir de la sortie du patient, obtenir leur accord et connaître l’environnement du bénéficiaire. Peu d’interventions ultérieures sont signalées.
Lors du débat organisé en fin de journée, le Dr Michel Meuris, président de l’Association des généralistes de l’Est francophone, s’est déclaré favorable à l’HAD, tout en estimant qu’il faut résoudre les problèmes de communication entre l’hôpital et les généralistes, notamment via les outils numériques. Il a aussi proposé de remplacer la terminologie d’« hospitalisation à domicile » par celle de « soins à domicile », plus appropriée.
Du témoignage d’un patient, Melchior Wathelet, on retiendra que ce n’est pas tant l’appellation du système qui compte, mais le confort d’être soigné chez soi et la confiance envers des prestataires qualifiés.
Plusieurs intervenants ont souligné la difficulté d’inclure les patients des maisons médicales et des maisons de repos dans l’HAD, en raison de problèmes de remboursement ou de paiement des prestataires infirmiers.
Forces et faiblesses
L’enquête de Santhea auprès des hôpitaux a mis en évidence les forces de l’HAD (satisfaction et autonomie du patient, diminution de la durée de séjour, collaboration entre la première ligne et les hôpitaux, diversification des compétences des infirmiers à domicile) et ses faiblesses (intégration des patients en MR(S) et maisons médicales, formation des infirmiers à domicile, manque d’un outil numérique commun de suivi et de communication).
« Il y a une volonté politique de développer l’HAD. Le domicile est l’hôpital de demain », a déclaré Mickaël Daubie. Le directeur général du Service des soins de santé de l’INAMI a toutefois expliqué qu’avant d’étendre l’HAD à d’autres champs thérapeutiques, il faut réfléchir avec le secteur à l’accompagnement et au financement. Il a également noté que la dialyse à domicile constitue aussi une forme d’HAD.
Mickaël Daubie a enfin rappelé qu’en 2023 et 2024, cette prise en charge n’avait pas connu un véritable engouement de la part du monde hospitalier, au point que le KCE ne disposait pas d’un volume suffisant de données pour réaliser une étude sérieuse à ce sujet. À la lecture des derniers chiffres de l’INAMI, l’HAD semble connaître un nouvel essor.
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