Après 600 jours sans gouvernement bruxellois, la fédération des institutions de soins Gibbis a lancé mardi un appel pressant au monde politique pour sortir de l’impasse institutionnelle et engager des réformes structurelles. Devant 200 acteurs du secteur, Karel Van De Sompel a exhorté les responsables politiques à former rapidement un exécutif, tandis que Philippe El Haddad, Pedro Facon, Alban Antoine et Dieter Goemaere ont insisté sur l’urgence de moderniser le système de santé bruxellois, de mieux soutenir les institutions de soins et la première ligne.
200 personnes étaient réunies ce 20 janvier à l’initiative de Gibbis pour réfléchir à l’avenir des soins de santé en Région bruxelloise. Karel Van De Sompel, directeur de la fédération des institutions de soins, a lancé un appel clair au monde politique : il est grand temps de former un gouvernement dans l’intérêt des Bruxellois. « La santé ne peut pas être reléguée au second plan. Elle ne peut pas attendre la constitution d’une majorité politique et être suspendue à des négociations », a déclaré Karel Van De Sompel à la tribune.
Après 600 jours d’attente pour la formation d’un gouvernement bruxellois, Gibbis réitère son appel à « atterrir ». « Le contexte budgétaire et institutionnel est exigeant, mais ce n’est pas une utopie de vouloir un système qui soigne et protège mieux », soutient le directeur général de Gibbis. « Il faut regarder au-delà du court terme. Nous ne demandons pas aux autorités de porter seules cette transformation. Nous pouvons vous aider. »
Philippe El Haddad, vice-président de Gibbis, a souligné la volonté du secteur bruxellois de la santé d’être un pôle d’excellence et de relever les défis actuels.
« Les réformes entamées doivent tenir compte de la réalité de terrain et de la spécificité de la population bruxelloise », a déclaré le directeur général médical du Chirec. « Les institutions de soins sont actuellement en souffrance, entre autres en raison de la pénurie de personnel de soins. Les gestionnaires hospitaliers sont motivés pour faire évoluer le système, mais ils doivent être soutenus par les autorités. »
Pedro Facon, nouvel administrateur général de l’Inami, a rappelé que l’Inami – « qui a la concertation dans son ADN » – ne gère pas que le curatif et effectue un travail important au niveau de la prévention en finançant de nombreuses mesures. « Il est capital de travailler avec la première ligne et d’améliorer la collaboration entre le secteur hospitalier et la première ligne », a souligné l’ex-chef de cabinet de Maggie De Block.
Attentif à l’actualité, Pedro Facon constate que les mutuelles sont actuellement sous pression pour différentes raisons. Il a rappelé qu’elles effectuent un travail important dans l’accompagnement de la population et l’aide sociale. « Il faut les considérer comme des partenaires. On doit les inclure dans les démarches. »
Filant la métaphore, Alban Antoine, directeur général du CH Jean Titeca, a comparé le système de santé mentale bruxellois à un aéroport – où circuleraient des voyageurs et des travailleurs – mais qui ne serait pas équipé d’un panneau d’affichage. Les usagers ne sauraient pas où se rendre pour être pris en charge. Il a également souligné que de nombreux modèles de soins en santé mentale ont plus de 20 ans et ne sont plus adaptés à la réalité. « De nombreux projets pilotes sont anciens. Il est grand temps de se renouveler. »
Et de rêver pour 2040 d’un système dans lequel chaque citoyen est capable d’identifier un besoin et de trouver une réponse. Il a invité l’assistance à réfléchir de façon collective : « On ne peut isoler les problèmes de santé mentale des problématiques sociétales (logement, emploi…). »
« La santé mentale mise sur la prévention, l’intervention rapide et les parcours fluides », a rappelé Dieter Goemaere, directeur hôpitaux de Gibbis. « L’objectif est de rendre les soins plus accessibles et plus compréhensibles pour le patient tout en réduisant la stigmatisation, car avoir une bonne santé mentale est un droit pour chacun, en particulier pour les jeunes, et surtout pour ceux qui disent que tout va bien même si tout ne va pas nécessairement bien. »
Le chief economist de Gibbis a tendu explicitement la main à la première ligne de soins. « Ce n’est qu’en collaborant que nous améliorerons à la fois la qualité des soins et le bien-être du personnel. Et, soyons honnêtes, nous ne pouvons pas faire cela tout seuls. »
Lire aussi: GIBBIS veut renforcer l'espérance de vie de dix ans à l'horizon 2050 à Bruxelles








