Hantavirus : ce que le clinicien doit retenir

Onze cas confirmés, trois décès, deux cas probables, une chaîne de transmission unique sur un bateau de croisière ornithologique parti d’Ushuaïa le 1er avril : mardi, la commission Santé de la Chambre a réuni le ministre Frank Vandenbroucke, Dirk Ramaekers (SPF Santé publique) et Bertrand Draguez, Chief Medical Officer du SPF, autour du foyer d’hantavirose des Andes. Au-delà du suivi de crise, plusieurs éléments cliniques utiles s’en dégagent pour le médecin de première ligne et l’urgentiste.

Bertrand Draguez a rappelé qu’il existe trois types d’hantavirus. Les formes européennes et asiatiques provoquent des syndromes rénaux et une mortalité « relativement importante, pouvant aller jusqu’à 15 % ». La néphropathie épidémique entraîne une atteinte rénale plus modérée, à mortalité « très faible ». La forme des Andes est d’une autre nature : mortalité pouvant atteindre 50 %, et seule forme pour laquelle une transmission interhumaine a été décrite, « uniquement dans le cadre de contacts étroits et prolongés ». « Nous ne sommes donc pas dans une situation de pandémie respiratoire, où même des contacts éloignés peuvent être infectants », insiste le médecin-chef du SPF. Le réservoir, un rongeur spécifique aux régions andines, est absent du territoire européen.

Le tableau en trois temps

La présentation justifie une vigilance particulière chez tout patient revenant d’Amérique du Sud. La maladie débute par des symptômes très généraux : fièvre, arthralgies et myalgies, pouvant évoquer une grippe. Apparaissent ensuite des manifestations gastro-intestinales (diarrhées, vomissements, parfois de manière assez profuse). La phase critique survient brutalement : hypotension, détresse respiratoire, insuffisance cardio-pulmonaire pouvant mener à une ECMO. Les symptômes se déclarent en général après trois semaines et l’incubation peut atteindre six semaines, avec un cas documenté à huit semaines. « Théoriquement, on considère que ces personnes sont potentiellement contagieuses jusqu’à cinq jours avant les symptômes », précise Dirk Ramaekers. Un point qui « fait partie des recherches menées actuellement ».

Le diagnostic repose sur la PCR. Le premier test, conduit avec des amorces pan-hanta plus globales, a donné chez les deux passagers belges des résultats « non concluants », a rapporté Dirk Ramaekers, allongeant la procédure de deux jours. Le laboratoire de référence, celui d’Emmanuel André à l’UZ Leuven, a poursuivi avec des amorces spécifiques. Plusieurs pays européens et le Canada ont eux aussi connu des résultats non concluants finalement avérés négatifs. « Pour les prochains tests, nous devrions avoir des résultats corrects et valides dans un délai de 24 heures », indique le responsable du SPF.

Les deux ressortissants belges rapatriés de Tenerife relèvent du suivi de l’UZ Antwerpen, l’une des deux high-level isolation units du pays avec CHU Saint-Pierre. L’UZA dispose d’un bâtiment dédié, distinct du reste de l’hôpital, où des soins intensifs peuvent être prodigués avec gestion séparée des déchets et des effluents. Une outreach team y est en alerte pour assurer le transport sécurisé d’un cas contact qui développerait des symptômes : « Il n’est pas question que ces personnes se présentent par elles-mêmes au service des urgences », précise Dirk Ramaekers.

Haut risque, bas risque

La stratification conditionne toute la prise en charge. Pour les contacts à haut risque (contact étroit et prolongé avec un cas confirmé ou probable), une quarantaine à domicile de six semaines est prévue, avec PCR hebdomadaire, suivi pluriquotidien des paramètres via, pour les deux passagers belges, une application dédiée, et au moins un contact quotidien avec le médecin du Departement Zorg. Pour les contacts à bas risque, aucun test systématique n’est prévu : auto-évaluation et testing à la demande en cas de symptômes. La quarantaine suppose une chambre individuelle, le port du masque hors de la chambre et l’exclusion des transports publics, des supermarchés et des rassemblements.

Le généraliste, en retrait volontaire

La communication a été ciblée sur les hôpitaux de référence plutôt que sur la première ligne. La raison, selon Bertrand Draguez, tient à la cinétique de la maladie — « ce syndrome cardio-respiratoire apparaît vraiment assez rapidement » — et à l’évitement d’une anxiété inutile au sein du personnel soignant. « On ne s’attend pas à ce que ces personnes aillent voir leur médecin généraliste en pensant avoir potentiellement une grippe ou une infection diarrhéique. Ce n’est en tout cas pas notre désir. » Un cas contact symptomatique est orienté directement vers l’hôpital de référence par les autorités sanitaires régionales (Departement Zorg, AViQ, Vivalis).

Avant le voyage : l’ITM

Le risque demeure faible pour le touriste classique en Amérique du Sud, mais réel dès qu’un voyage expose à des contacts avec des rongeurs ou leurs déjections. En consultation pré-voyage, l’Institut de médecine tropicale d’Anvers tient un site actualisé sur les risques par destination : Institut de médecine tropicale d’Anvers

Bertrand Draguez plaide pour une meilleure information sur le risque zoonotique : « C’est quelque chose qui doit se faire, petit à petit, pour qu’il y ait un changement de comportement face à ce risque. »

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.