Genre et assuétudes : un angle mort persistant dans les soins

Croiser les questions de genre et de consommations reste un défi pour les dispositifs d’aide et de soins en matière d’assuétudes. Le dernier numéro de la revue Drogues. Santé. Prévention, publié par l’asbl Prospective Jeunesse, met en lumière des inégalités persistantes d’accès aux soins, liées notamment aux stéréotypes de genre et à la stigmatisation des usagers.

Les personnes présentant un trouble de l’usage de substances continuent de rencontrer des obstacles importants pour accéder aux dispositifs d’aide. Les femmes et les minorités de genre apparaissent particulièrement sous-représentées dans les structures d’accueil. En cause, des représentations sociales durables, y compris au sein des politiques de santé, qui ont historiquement conduit à concevoir ces dispositifs principalement pour des hommes.

Une étude menée en 2022 illustre la persistance de ces biais : 19,2 % des étudiants en dernière année de médecine se déclaraient favorables à sanctionner les femmes enceintes consommant de l’alcool, et 15,1 % en cas d’usage de drogues illicites. Ces perceptions traduisent une norme sociale associant les femmes à des rôles de soin et de responsabilité familiale, rendant plus difficile la reconnaissance et la prise en charge de leurs consommations.

Sur le terrain, ces stéréotypes se traduisent par des attitudes stigmatisantes. Sophie Godenne, coordinatrice à l’asbl Alias, souligne que les femmes qui évoquent leur consommation peuvent être confrontées à des propos ou comportements dissuasifs. Dans les circuits de deal ou d’usage-revente, elles restent également invisibilisées, souvent perçues comme non violentes ou sexualisées, ce qui contribue à leur marginalisation dans les politiques publiques.

Ces constats contrastent avec la diversité des besoins spécifiques identifiés chez les femmes et les minorités de genre : violences sexuelles ou intrafamiliales, santé sexuelle, maternité ou encore troubles de santé mentale. Plusieurs initiatives ont toutefois émergé ces dernières années pour adapter l’accueil et l’accompagnement, notamment dans des structures de réduction des risques, en milieu festif ou en contexte carcéral, avec des approches intégrant davantage la dimension de genre.

La revue met également en avant plusieurs pistes d’amélioration. Parmi celles-ci figurent le renforcement du travail en réseau avec le milieu académique, l’implication des personnes concernées dans l’élaboration des dispositifs, ainsi que la formation des professionnels de santé et des décideurs aux enjeux croisés du genre et des assuétudes. La question de la décriminalisation de l’usage de substances psychoactives est également posée, certains acteurs estimant que la réponse pénale constitue un frein majeur à l’accès aux soins.

> Découvrir la revue 

  • Richelle, L., Dramaix-Wilmet, M., Roland, M. et al. Factors influencing medical students’ attitudes towards substance use during pregnancy. BMC Med Educ 22, 335 (2022). https://doi.org/10.1186/s12909-022-03394-8

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