Lors de la présentation du rapport Maha 2024, les fédérations hospitalières Unessa, Gibbis et Santhea ont tiré une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Le constat est préoccupant : les hôpitaux gèlent ou renoncent aux investissements et aux engagements.
« On pourrait se réjouir en voyant un déficit en recul. En réalité, ce n’est pas le signe d’un redressement structurel. C’est principalement l’effet mécanique d’une facture énergétique moins lourde et, dans une moindre mesure, de rattrapages du passé, d’un ralentissement de l’inflation et de mesures d’économie poussées au maximum. Les hôpitaux ne savent plus où couper sans mettre en danger la qualité et l’accessibilité des soins. On était à l’os, on devra râper dans l’os si rien ne change », réagit Philippe Devos, directeur général d’Unessa.
Et de pointer deux évolutions interpellantes. Les hôpitaux décalent ou renoncent à des investissements essentiels (équipements, infrastructures, technologies, transition énergétique) et certains ont déjà gelé des recrutements, n’ont pas remplacé certains départs ou ont ajusté leurs effectifs.
« Si, malgré la baisse des coûts énergétiques et des efforts sur les investissements ainsi que le personnel, le résultat reste dans le rouge, c’est que le modèle est structurellement déséquilibré. Ce n’est pas en demandant encore aux hôpitaux de “faire toujours plus avec toujours moins” que nous résoudrons le problème », insiste Philippe Devos.
Les résultats de l’étude Maha montrent que les marges d’efficience internes sont largement épuisées : les économies de fonctionnement et d’organisation ont déjà été réalisées ; les gains liés aux mutualisations et aux réseaux sont, pour beaucoup, déjà engrangés ou en voie de l’être et les hôpitaux ont largement puisé dans leurs réserves pour absorber les chocs successifs (covid, inflation, énergie, indexations).
« Tous les ingrédients d’une grande fragilité face à de nouvelles crises sont donc présents. En particulier pour les hôpitaux wallons et bruxellois qui disposent de réserves et de niveaux de solvabilité nettement plus faibles que leurs homologues flamands », souligne le Dr Devos.
Le calme avant la tempête
Pour Gibbis, les résultats de l’étude Maha sont le signe du calme avant la tempête. « Les économies en soins de santé annoncées, près d’un milliard dès 2026, et d’autres mesures à venir, auront un impact direct sur le secteur hospitalier. Les hôpitaux bruxellois risquent de supporter de manière disproportionnée la pression financière », prévient la fédération bruxelloise des institutions de soins.
Elle demande aux autorités de :
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Mettre le secteur des soins de santé à l’abri dans les décisions de fin d’année. « L’augmentation de la TVA et toute intervention sur la norme de croissance auraient des effets immédiats et dramatiques. »
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Garantir un cadre budgétaire pluriannuel : le secteur consent un effort considérable en 2026 et n’a aujourd’hui aucune visibilité pour la suite.
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D’engager une réorganisation fondamentale : les besoins augmentent, les moyens diminuent. « Il est indispensable de réformer l’organisation du paysage hospitalier, de lever les obstacles juridiques et financiers à la fusion et de financer réellement le coût de cette transformation. La réforme du financement doit mener à une couverture réelle des coûts hospitaliers et intégrer le profil social des patients. »
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Résoudre les problèmes exogènes qui paralysent les hôpitaux, notamment celui des pensions statutaires.
Gibbis réclame également une formation rapide du gouvernement bruxellois. « La Région bruxelloise a besoin d’un interlocuteur politique fort, capable de porter et d’orchestrer la mise en œuvre des réformes indispensables. Le secteur hospitalier bruxellois prend ses responsabilités. La politique doit désormais prendre la sienne. »
Le poids des pensions des statutaires
« Les coûts d’exploitation continuent d’être supérieurs aux recettes d’exploitation — une situation qui ne peut être compensée indéfiniment », réagit la fédération Santhea. « D’autant plus qu’il apparaît déjà clairement que les décisions prises lors de la confection du budget des soins de santé 2026 vont affecter les différentes sources de revenus : économies sur les honoraires, sur les produits pharmaceutiques ou encore sur l’hôpital de jour, alors que les charges, elles, poursuivront leur progression. »
Yves Smeets, directeur général de Santhea, alerte sur l’état préoccupant des hôpitaux wallons qui cumulent plusieurs vulnérabilités structurelles. Leur endettement est plus élevé, leur solvabilité plus faible et leurs résultats courants plus dégradés que la moyenne nationale. « À cela s’ajoute une charge spécifique, en particulier pour les hôpitaux publics : les pensions statutaires. Alors qu’en Flandre, les autorités régionales prennent déjà partiellement en charge ces coûts, les établissements wallons assument l’intégralité d’une charge en forte croissance. Selon les projections officielles, les cotisations de responsabilisation pourraient représenter jusqu’à 3,3 % du chiffre d’affaires des hôpitaux concernés à l’horizon 2030 — un niveau qui menace directement la pérennité des institutions publiques et mixtes. »
Santhea estime également que le nombre d’hospitalisations (chirurgicales) de jour ne pourra pas continuer à croître indéfiniment. « La réalité sociale wallonne — où le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale atteint 21,8 %, contre 12,9 % en Flandre — complexifie le retour à domicile et limite la transposabilité mécanique des modèles d’ambulatoire. Les hôpitaux wallons se retrouvent ainsi limités dans leurs actions et en première ligne pour compenser les maillons faibles de la chaîne de soins. »
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