Faute de médecins scolaires, des milliers d’élèves ne bénéficient plus d’un bilan de santé complet

Selon une enquête de la RTBF, une part croissante des élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne bénéficie plus d’un examen médical scolaire complet, faute de médecins au sein des services de Promotion de la santé à l’école (PSE). Des professionnels du secteur alertent sur des risques de diagnostics manqués, notamment pour les scolioses, souffles cardiaques, troubles respiratoires, situations de maltraitance ou problèmes de santé mentale.

Dans plusieurs centres PSE, les consultations sont désormais assurées uniquement par des infirmières. Selon une récente enquête de l’ONE citée par la RTBF, environ 25% des élèves passeraient aujourd’hui leur visite médicale scolaire sans intervention d’un médecin.

Au PSE libre de Wavre, les élèves continuent à bénéficier de tests de poids, taille, audition ou vision, mais certains examens ne peuvent plus être réalisés. « Nous n’avons pas accès au dos par exemple pour déceler les scolioses. Or on sait que c’est dans cette tranche d’âge que le diagnostic est le plus important pour cette pathologie », explique Joëlle Liénard, infirmière au centre de prévention.

Les conséquences cliniques peuvent être importantes. Une scoliose diagnostiquée tardivement peut évoluer vers des douleurs chroniques, des déformations invalidantes ou des complications respiratoires. D’autres examens ne sont plus réalisés en l’absence de médecin : auscultation cardiaque et pulmonaire, examen bucco-dentaire, interprétation des courbes biométriques ou examen des organes génitaux.

Les professionnels interrogés évoquent également un impact sur le dépistage des violences. « Sans médecin, des zones ne sont pas vues. Oui, nous passons à côté de certains cas de maltraitance », relève Joëlle Liénard. Les infirmières expliquent ne pas pouvoir examiner l’ensemble du corps des élèves lors des consultations.

Cette situation intervient alors que les signalements de maltraitance augmentent fortement. Selon les chiffres de l’ONE repris dans l’enquête, les centres PSE ont identifié 929 situations de maltraitance durant l’année scolaire 2020-2021, contre 2.570 quatre ans plus tard, soit une hausse de 177%.

À Liège, le Dr Coline Vilanoy décrit également une réduction progressive des examens. « Nous n’allons plus voir les quatrièmes secondaires que pour un test de la vue », explique-t-elle. « Cela signifie aussi que pour certains de ces élèves, ils ne verront pas un médecin durant quatre ans. Nous allons passer à côté de certaines situations où il sera trop tard pour agir. »

La praticienne souligne que certains adolescents ne disposent d’aucun autre suivi médical régulier. « Nous sommes pour quelques-uns le seul contact avec un médecin qu’ils auront durant toute leur scolarité », ajoute-t-elle.

Selon l’ONE, il faudrait renforcer les équipes des PSE de 15 à 20 équivalents temps plein supplémentaires pour répondre aux besoins actuels. Les difficultés de recrutement touchent particulièrement certaines zones du Hainaut, l’Entre-Sambre-et-Meuse ou encore la frontière belgo-luxembourgeoise.

Les responsables du secteur mettent en avant des problèmes structurels de financement et d’attractivité. D’après l’UNESSA, la rémunération horaire des médecins scolaires serait de 15 à 30% inférieure à celle des médecins généralistes. Les horaires fragmentés et l’absence de revenus durant les congés scolaires compliquent également le recrutement.

Le Dr Philippe Devos estime que le sous-financement chronique de la prévention explique largement la situation. « Investir dans la prévention, c’est du temps long », déclare-t-il dans l’enquête. « On sait qu’investir un euro, c’est en récupérer entre cinq et dix mais parfois quinze ans plus tard. »

Une étude commandée par l’ONE en 2021 concluait déjà qu’un refinancement annuel de 11 millions d’euros serait nécessaire pour permettre aux PSE d’assurer correctement leurs missions. Selon l’enquête, aucune mesure structurelle n’a toutefois été adoptée depuis lors et les subsides auraient même été gelés cette année.

Interrogée par la RTBF, la ministre de l’Enfance de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Valérie Lescrenier, indique partager les constats du secteur. Elle affirme qu’une réorientation des moyens est en discussion dans le cadre du futur contrat de gestion de l’ONE, attendu pour début 2027.

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Derniers commentaires

  • Charles KARIGER

    19 mai 2026


    Mucca morta non dà latte !
    (Une vache morte ne donne pas de lait.)
    Voici plus de 50 ans de gabegie insensée dans ce pays. Machins publics, entreprises privées, travailleurs, retraités, tout le monde vécu au-dessus de ses moyens en piochant dans un argent public qui n’existait pas.
    « Mais quand la bise fut venue… » écrivait la Fontaine…
    Eh bien, nous y sommes. Nous avons déjà endetté les DEUX prochaines générations. N’ayant plus ni charbon vendable, ni industrie compétitive ni Congo, la Be est redevenue un pays pauvre PARCE QUE surendetté. En avril dernier, l’État Be a dû accorder un intérêt de 4,18% pour un emprunt à 20 ans alors que notre croissance est au mieux de 1% l’an.
    De toute l’Europe, seule la France fait aussi mal que nous (et même un fifrelin plus mal).
    En clair : Terminus, tout le monde descend.
    Ceci signifie que nos c***ies passées et présentes vont nous obliger à sabrer dans les services publics essentiels parce que les prêteurs sont de plus en plus réticents à renouveler nos emprunts échus (Il y a long-temps que plus aucun Belgicain ne songe à rembourser nos dettes chaque mois plus abyssales.)
    Enseignement, retraites, SOINS, entretien des infrastructures, justice, prisons, police… passent à la même moulinette : RESTRICTIONS ou SUPPRESSIONS. (Il est question de fermer des ponts faute de finance pour les réparer !)
    Il est trop tard pour y échapper.
    Ouvrons les yeux sur la réalité au lieu de mendier et pleurnicher !

  • Robin GUEBEN

    19 mai 2026

    C'est mieux de payer un médecin libéral à sa juste valeur quelques heures par semaine que d'augmenter le budget de la médecine structurelle ou de la concierge médecine en 9h-16h (de toute manière le gouvernement est cerné budgétairement, il n'acceptera pas).

    Pour UNESSA, toute structure médicale est un mini-hôpital et tout soignant est un employé d'enveloppe BMF qui doit avoir 3% de croissance... Ce système économique est foutu, il faut trouver d'autres recettes, je vous l'ai déjà expliqué sur LinkedIn il y a 1 an : seul le système libéral américain adapté à l'Europe peut fonctionner.

    Parce qu'entre la psychiatrie avec Briganti qui demande de l'argent, les jeunes de la SSM-J qui demandent de l'argent, les addictologues qui demandent de l'argent pour les centres de désintox, ici la médecine scolaire qui demande de l'argent.

    Nous, les libéraux, on ne demande pas d'argent, on ne demande que nos prestations concrètes soient payées au juste-prix. C'est ça l'attractivité et c'est ce qu'il se passe à la frontière luxo.