Économies budgétaires : UNESSA met en garde contre un affaiblissement du secteur non-marchand

Les orientations budgétaires arrêtées pour 2026 font peser une menace sérieuse sur la viabilité de nombreux acteurs de l’aide et des soins à la personne, avertit UNESSA dans un communiqué diffusé lundi. La fédération estime que l’impact cumulé des mesures décidées aux niveaux fédéral, régional et communautaire risque de compromettre durablement la capacité de structures essentielles à assurer leurs missions auprès des publics les plus fragiles.

Si UNESSA dit prendre acte d’une rigueur rendue nécessaire par un contexte économique contraint, elle tire toutefois la sonnette d’alarme face à l’accumulation des « efforts » imposés aux secteurs qu’elle représente. Ces économies s’ajoutent, selon elle, à des poches de sous-financement chroniques, à des réductions de moyens antérieures, à une pénurie persistante de main-d’œuvre et à des exigences administratives toujours plus élevées en matière de contrôle, de conformité et de qualité.

« Concrètement, nous devons analyser les chiffres issus des différents gouvernements. A ce stade, beaucoup de questions restent en suspens quant à l’application des mesures d’économie envisagées dans les différents secteurs que nous couvrons. Mais ce dont nous sommes certains, c’est de l’impact cumulatif de ces mesures : pour nos structures, c’est la dose qui fait le poison », estime le Dr Philippe Devos, Directeur général d’UNESSA.

Dans le secteur des soins de santé, la fédération pointe les mesures annoncées dans le budget 2026, validé récemment par le Conseil général de l’INAMI, qu’elle juge directement menaçantes pour la capacité des opérateurs à maintenir leurs missions au service du public. « Le fédéral retire 1,2 % à la norme de croissance de 2 % du budget des soins de santé, qui était déjà inférieure aux besoins du secteur. En clair, on va devoir soigner chaque Belge avec 1.000 euros de moins et chaque patient hospitalisé avec 10.000 euros de moins, en 2026 qu’en 2025. Croire qu’on peut y arriver sans impact sur l’encadrement du patient et/ou le fonctionnement général de nos institutions de soins relève du mensonge politique. UNESSA refuse d’en être le complice », déclare Philippe Devos.

La fédération attire également l’attention sur la situation de la petite enfance en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le blocage de l’indexation des subventionnements aux opérateurs, sans mesure compensatoire, est présenté comme un facteur de déstabilisation majeur pour un secteur déjà fragilisé. UNESSA évoque un risque réel de diminution du nombre de places et de marchandisation, alors même que les politiques affichent la volonté de relever le taux d’emploi. Le gel du triennat de financement dans le secteur de l’Aide à la jeunesse est aussi cité comme une source de répercussions importantes.

En Wallonie, la plus grande incertitude concerne l’insertion socioprofessionnelle. Entre réductions d’enveloppes et limitation d’indemnisations facultatives, le secteur se retrouve, selon la fédération, à la croisée de réformes qui « ne semblent pas articulées entre elles », ce qui alimente inquiétude et complexification. Parallèlement, la réduction de cinq millions d’euros des subventions facultatives liées aux compétences de l’AViQ va, d’après UNESSA, impacter les secteurs de la santé et du handicap, alors que ces moyens sont destinés à l’innovation et à l’évolution des pratiques.

UNESSA appelle dès lors à une lecture transversale et cohérente des choix budgétaires qui dépassent les silos institutionnels. « L’empilement des restrictions, sans une vision d’ensemble claire ni concertation sectorielle, risque d’affaiblir durablement des services essentiels et d’accentuer les inégalités d’accès aux soins, à l’accompagnement et à la formation. Les organisations à profit social ne sont pas des variables d’ajustement. Elles constituent le socle de la solidarité dans nos territoires », souligne le Directeur général d’UNESSA.

La fédération insiste également sur un contexte de pénurie de personnel aggravé par une épidémie de maladies de longue durée, dont les employeurs seraient tenus « injustement » comme responsables. Elle rappelle que le terme « burn-out » a été forgé pour décrire l’épuisement du personnel soignant. Dans ce contexte, la combinaison de nouvelles charges pesant sur les ASBL – taxe sur le patrimoine, contraintes administratives croissantes, exigences accrues de reporting et réforme de la TVA dont les contours restent à analyser – et la réduction des subsides rend, selon elle, la gestion quotidienne des structures de soins ou d’accompagnement de plus en plus complexe.

UNESSA indique que les acteurs de terrain s’efforcent de maintenir des services de qualité accessibles financièrement à la population, tout en constatant un épuisement croissant des équipes. Elle demande le renforcement d’un dialogue structurel avec les autorités afin de garantir la pérennité des missions d’intérêt général confiées à ses affiliés, la stabilité du financement nécessaire à leur exercice et la reconnaissance de leur rôle stratégique dans le maintien du bien-être collectif et de la cohésion sociale.

La fédération se dit enfin disponible pour construire, avec l’ensemble des décideurs publics, une trajectoire budgétaire soutenable et cohérente avec les ambitions sociales affichées. UNESSA rappelle qu’elle représente 548 structures affiliées, soit plus de 1.128 antennes et services actifs en Wallonie et à Bruxelles dans l’accueil, l’accompagnement, l’aide et les soins aux personnes.

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