Double saut d'index: le GBO/Cartel met en garde contre une remise en cause de l'accord médico-mutualiste

Le GBO/Cartel s'inquiète de la piste actuellement examinée par le gouvernement Arizona visant à appliquer un double saut d'index partiel aux prestataires de soins indépendants. Tout en reconnaissant la nécessité de maîtriser les dépenses publiques, le syndicat estime qu'une réduction linéaire des honoraires fragiliserait la première ligne de soins et pourrait conduire à une dénonciation de l'accord médico-mutualiste 2026-2027. Le président de laFMS, le Pr Stan Politis, estime lui aussi que le débat repose sur un raisonnement qu'il juge « davantage de la démagogie que de la réalité ».

GBO/Cartel réagit aux informations publiées par La Libre Belgique selon lesquelles le gouvernement envisage d'étendre aux prestataires de soins indépendants les deux sauts d'index partiels déjà décidés pour les salariés - au-delà de 4.000 euros bruts par mois - et pour les pensionnés - au-delà de 2.000 euros bruts mensuels. La mesure n'a pas encore été validée politiquement et fait toujours l'objet de discussions entre les cabinets ministériels.

Selon le syndicat, la proposition serait soutenue par la N-VA et le MR, tandis que Vooruit et Les Engagés y seraient opposés. Si elle devait être retenue par le gouvernement, elle figurerait dans la lettre de mission que le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, adressera aux partenaires du secteur d'ici au 20 juillet afin de fixer le cadre de préparation du budget 2027 des soins de santé.

Le principal obstacle réside toutefois, selon le GBO/Cartel, dans la manière de transposer ce mécanisme aux indépendants. L'option actuellement évoquée consisterait à n'indexer que partiellement l'ensemble du budget des honoraires.

« Or, ces honoraires couvrent à la fois la rémunération des médecins et les coûts de fonctionnement de leur activité. Une réduction linéaire frapperait donc indistinctement les revenus et les moyens nécessaires pour soigner », souligne l'organisation.

Le syndicat estime que le débat ne peut être limité à un objectif d'économie budgétaire. « Les prestataires de soins sont conscients que chacun doit participer à l'effort collectif. Mais cette contribution doit être intelligente, ciblée et cohérente avec les objectifs d'une véritable politique de santé. Le débat ne peut se résumer à une logique comptable », affirme-t-il.

« Une autre interrogation est tout aussi déterminante : que deviendront les économies réalisées ? Serviront-elles à revaloriser des prestations aujourd'hui insuffisamment financées, comme semblent le prôner Vooruit et Les Engagés, ou seront-elles absorbées par le budget général de l'État, comme le privilégieraient la N-VA et le MR ? », écrit-il.

Pour le syndicat, le véritable enjeu dépasse la question de l'indexation. Il plaide pour des choix ciblés plutôt que pour des réductions linéaires, en privilégiant les soins qui apportent une réelle valeur aux patients, la réduction des actes inutiles et le réinvestissement des moyens dans les prestations les plus pertinentes.

Le GBO/Cartel estime également qu'une première ligne forte reste la meilleure garantie d'un système de santé performant. « Toutes les études internationales montrent qu'un système de santé performant repose sur une première ligne forte. C'est là que se joue la prévention, la coordination des soins, l'accompagnement des patients atteints de maladies chroniques et la limitation du recours inutile aux soins spécialisés », rappelle-t-il.

À ses yeux, fragiliser cette première ligne constituerait « un mauvais calcul, tant sur le plan sanitaire que budgétaire », en favorisant une médecine à deux vitesses et un recours accru à des soins hospitaliers plus coûteux.

Le syndicat cite notamment la récente suppression du remboursement des CT scans de la colonne vertébrale prescrits par les médecins généralistes. Cette décision, qu'il juge « non étayée scientifiquement », risque selon lui de reporter davantage de patients vers la deuxième ligne, avec pour conséquence une augmentation des soins spécialisés.

Le GBO/Cartel rappelle par ailleurs que l'accord médico-mutualiste 2026-2027 prévoit explicitement que les organisations représentatives des médecins peuvent dénoncer l'accord si les honoraires ne bénéficient pas d'une indexation complète en 2027.

« Remettre aujourd'hui en cause cette indexation reviendrait à prendre le risque d'une dénonciation de l'accord. Une telle évolution serait paradoxale et contre-productive au regard des objectifs poursuivis », prévient-il.

L'organisation estime enfin que « les compromis négociés entre les syndicats médicaux et les mutualités ne peuvent être vidés de leur substance par des décisions unilatérales des pouvoirs publics », au risque de fragiliser la concertation médico-mutualiste.

« La santé ne doit jamais être considérée comme une variable d'ajustement budgétaire », conclut le GBO/Cartel, qui appelle les autorités à investir davantage dans la première ligne, la prévention, la pertinence des soins et les parcours de soins afin de concilier efficacité économique, qualité des soins et justice sociale.

Le président de la Fédération des médecins spécialistes (FMS), le Pr Stan Politis, développe une critique différente. Selon lui, le projet repose sur une comparaison erronée entre l'indexation des salaires et celle des honoraires des médecins indépendants. « Cela semble relever du bon sens : si tous les citoyens doivent céder une partie de leur indexation, y compris les médecins salariés, il paraît logique que les médecins indépendants fassent de même. Pourtant, cette affirmation relève davantage de la démagogie que de la réalité », écrit-il. Selon le spécialiste, cette assimilation méconnaît le mode de financement propre aux honoraires médicaux et risque d'alimenter un débat fondé sur une perception incomplète de leur fonctionnement.

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.

Derniers commentaires

  • Freddy GORET

    16 juillet 2026

    Encore une fois accepter une convention ne sert strictement à rien car l ÉTAT ne la respecte jamais

  • Charles KARIGER

    16 juillet 2026

    C'est parti, mon Kiki !
    Depuis le 1er juin 2026, la réglementation a changé pour les adultes : à partir de 19 ans, une radiographie panoramique des maxillaires n'est plus remboursée une fois tous les deux ans mais une fois tous les trois ans.
    Les Belgicains n'ont pas encore limité le nombre de transplantations mais ils y seront peut-être bientôt contraints.

  • Charles KARIGER

    16 juillet 2026

    Tout observateur attentif savait que le surendettement CROISSANT de la Be ne rend plus possible de pérenniser notre si follement généreuse protection sociale et que cet accord médico-truc ne reposait sur rien de solide.
    Depuis quarante ans, on bricole en ne voulant pas se rappeler qu’en 1946 on a fixé l’âge de la retraite ♂ à 65 ans parce que c’était alors l’espérance de vie du belgicain ♂ moyen. Ni se rappeler qu’à cette (fichue) époque, il y avait environ CINQ cotisants pour UN inactif.
    Il est temps d’ouvrir les yeux.
    Par tous les moyens disponibles notre très intelligent Royaume en est réduit à essayer d’augmenter les recettes mais aussi à prolétariser plus encore les soignants et même à SUPPRIMER des soins devenus impayables.
    On a mal joué, on a perdu.
    Una salus victis nullam sperare salutem ! (Le seul salut pour les vaincus, c'est de ne plus espérer aucun sauvetage ». Virgile, Énéide)

  • Robin GUEBEN

    15 juillet 2026

    Bien mal acquis ne profite jamais.