Selon le professeur de médecine générale Dirk Devroey, de la Vrije Universiteit Brussel (VUB), une augmentation généralisée du ticket modérateur chez le médecin généraliste coûterait à long terme davantage à la société qu’elle ne permettrait d’économiser. Il l’a déclaré mercredi à l’agence Belga, en réaction à la proposition du président d’Anders, Frédéric De Gucht.
Dans une interview accordée mardi à la chaîne d'info de Bruxelles BX1, Frédéric De Gucht a estimé qu’« en Belgique, on peut encore aller chez le médecin pour 1 ou 4 euros » et que cela « n’est plus réaliste en 2026 ». En portant le ticket modérateur à 5 et 10 euros et en réalisant notamment des économies sur l’intervention majorée, il serait possible, selon lui, de « trouver 2,6 milliards d’euros ». Une somme qu’il souhaite utiliser pour contribuer à combler le déficit budgétaire.
Le professeur Devroey reconnaît qu’une réforme de l’intervention majorée, qui permet aux personnes qui y ont droit de payer 1 euro avec un dossier médical global (DMG) et 1,50 euro sans DMG, pourrait effectivement générer des économies. Il plaide pour une responsabilisation des patients bénéficiant de l’intervention majorée.
« L’État doit mieux sélectionner les personnes qui y ont droit et actualiser plus régulièrement la liste », estime le professeur. « Je crains qu’un grand nombre de personnes bénéficient actuellement à tort de l’intervention majorée, alors qu’elles possèdent des biens et disposent de revenus, provenant ou non de l’étranger. »
Une augmentation généralisée du ticket modérateur n’est en revanche pas une bonne idée, selon Dirk Devroey. « À terme, cela coûtera justement beaucoup plus cher à la société que cela ne permettra d’économiser », affirme-t-il.
La Belgique est en outre en tête des pays européens pour le report des soins médicaux parmi les personnes les plus vulnérables, tandis que les inégalités de santé restent importantes dans le pays. « Les mesures de Frédéric De Gucht auront pour conséquence que le nombre de personnes qui reportent déjà leurs soins, encore limité aujourd’hui, augmentera fortement », prévient Dirk Devroey.
Le professeur estime également qu’une hausse du ticket modérateur chez le généraliste alourdirait la charge pesant sur les soins spécialisés et les services d’urgence des hôpitaux, au détriment de la continuité des soins. Les personnes les plus vulnérables risqueraient, selon lui, de reporter leur recours aux soins jusqu’au dernier moment.
« Si l’on veut malgré tout réaliser des économies sur le ticket modérateur, il faut alors regarder du côté du ticket modérateur chez les spécialistes. Celui-ci devrait être sensiblement plus élevé en l’absence d’un adressage préalable par le médecin généraliste. C’est une manière de lutter contre le recours injustifié aux spécialistes sans toucher aux soins de santé de base. Cela oblige les patients à recourir aux soins de première ligne sans en limiter l’accessibilité », explique Dirk Devroey.
Le professeur se dit entièrement favorable à une réforme de l’intervention majorée, « mais celle-ci ne peut pas se faire au détriment des personnes qui ont le plus besoin de ces soins », souligne-t-il. « En réduisant le nombre de personnes bénéficiant du statut de l’intervention majorée à celles qui y ont réellement droit, on peut déjà réaliser des économies considérables. »








