L’UBPS et le Collectif des Infirmières Libérales de Belgique (CILiB) s’inquiètent du nouveau cadre permettant, au sein d’équipes de soins structurées, de déléguer certaines prestations techniques infirmières à d’autres professionnels de santé préalablement formés. Ils craignent que le dispositif ne soit utilisé pour répondre à la pénurie en remplaçant progressivement des infirmiers par d’autres professionnels, indiquent-ils dans un communiqué conjoint.
Les deux organisations ne contestent pas le principe d’une meilleure répartition des compétences au sein des équipes de soins. Elles considèrent toutefois qu’une « ligne rouge » doit être posée : la délégation ne peut devenir un moyen de pallier la pénurie d’infirmiers par leur remplacement progressif.
Elles pointent un paradoxe. Alors que les pouvoirs publics cherchent depuis plusieurs années à rendre la profession plus attractive, une partie des actes qui caractérisent l’exercice infirmier pourra désormais être confiée à d’autres professionnels disposant des compétences requises et ayant suivi une formation préalable. « Pourquoi choisir une formation exigeante, assumer des horaires difficiles et d’importantes responsabilités si une partie croissante des compétences techniques associées à cette profession peut progressivement être transférée à d’autres professionnels ? », interrogent-elles.
La délégation ne fait par ailleurs pas disparaître les responsabilités de l’infirmier. L’infirmier coordinateur devra évaluer la situation du patient, déterminer si une prestation peut être déléguée, s’assurer des compétences nécessaires, organiser la supervision, rester joignable et décider si sa présence physique est nécessaire. « L’acte peut être délégué, mais la responsabilité de l’organisation et de la supervision reste largement entre les mains de l’infirmier », relèvent les organisations. Elles demandent dès lors que cette fonction de coordination et de supervision soit reconnue professionnellement et financièrement.
L’UBPS-BUG et le CILiB redoutent particulièrement que, dans les hôpitaux, maisons de repos, institutions psychiatriques et autres structures confrontées à la pénurie de personnel et aux contraintes budgétaires, certaines fonctions infirmières soient progressivement confiées à d’autres professionnels. « Répondre à une pénurie par la substitution plutôt que par la revalorisation serait un très mauvais signal envoyé aux professionnels comme aux futurs étudiants », avertissent-ils.
Ils replacent cette réforme dans une évolution plus large de la profession, marquée notamment par l’apparition de nouveaux profils comme les assistants en soins infirmiers (AESI). La multiplication des niveaux de qualification, combinée à la délégation de certains actes, risque selon eux d’affaiblir la lisibilité, l’attractivité et la reconnaissance de la profession. Ils soulignent aussi que le patient doit pouvoir identifier clairement la qualification et le niveau de compétence de la personne qui réalise son soin.
Les deux organisations réclament enfin un suivi transparent de la réforme et des garanties pour éviter que la délégation serve à contourner les besoins en effectifs ou soit motivée principalement par des considérations économiques. Elles demandent des exigences précises et homogènes pour les formations, le maintien d’un socle clair de compétences propres à chaque niveau de qualification et une évaluation publique de l’impact de la réforme sur les effectifs infirmiers, la sécurité des patients, la qualité des soins et l’attractivité des études.








