Une étude qualitative menée auprès de médecins généralistes wallons met en évidence leur sentiment d'impuissance face à la contamination aux PFAS. Manque de recommandations, déficit de formation et absence de solutions concrètes compliquent la prise en charge d'un sujet appelé à prendre une place croissante en consultation.
Depuis la diffusion du reportage de la RTBF « Polluants éternels, le silence coupable », en novembre 2023, la contamination de l'eau potable wallonne par les PFAS s'est imposée comme un enjeu majeur de santé publique. Une étude qualitative intitulée « Que peut-on apprendre du vécu des médecins généralistes face au scandale sanitaire des PFAS ayant contaminé l’eau potable en Wallonie ? » a été menée auprès de médecins généralistes wallons par le Dr Marie Vandenbulcke dans le cadre d’un travail de fin d’études du Master complémentaire en médecine générale, sous la promotion du Dr Jean Pauluis. Elle met en lumière un constat frappant : le généraliste, pourtant identifié par les médias comme l'interlocuteur naturel des patients, se retrouve souvent démuni face à cette problématique.
En discuter en consultation ? Les freins et les leviers
Tous les médecins interrogés s’accordent sur le fait que le sujet des PFAS relève de la prévention et qu’il serait intéressant de l’aborder en consultation. Cependant, plusieurs freins sont relevés : le manque de temps, le nombre important de points à aborder en consultation de manière générale, la méconnaissance du sujet, l’absence de recommandations claires des autorités scientifiques, le manque de solutions concrètes pour faire face au problème et l’insuffisance de la formation sur le sujet.
Un parallèle avec le Covid
Quasiment tous les médecins interrogés ont établi un parallèle entre la situation actuelle liée à la contamination de l’eau par les PFAS et la pandémie de Covid-19. Le premier parallèle mis en évidence est que, lors du Covid, la situation était également nouvelle, mais que les médecins généralistes avaient au moins reçu des directives sur le sujet, ce qui ne semble pas être le cas pour les PFAS.
Mieux pouvoir suivre le patient
L’ensemble des médecins interrogés déplore le manque de recommandations officielles émanant des autorités sanitaires. À l’avenir, si un nombre croissant de patients bénéficie d’un biomonitoring de leur taux sanguin de PFAS, le médecin généraliste devrait être davantage impliqué et informé afin de pouvoir assurer un suivi adéquat de ses patients, tout en recevant des informations claires de la part des autorités sanitaires.
Une formation jugée largement insuffisante
Le constat le plus unanime concerne le manque de connaissances. Tous les médecins interrogés estiment que leur niveau d'information sur les PFAS est faible, voire inexistant. La formation universitaire sur les perturbateurs endocriniens est jugée trop limitée et les formations continues disponibles (SSMG, webinaires) insuffisamment valorisées. Sept médecins sur neuf se disent toutefois prêts à se former davantage si des patients les sollicitaient concrètement.
Un sentiment d'impuissance partagé
De nombreux médecins expriment un sentiment d'impuissance : que proposer à un patient contaminé alors qu'aucune méthode ne permet d'éliminer les PFAS déjà accumulés dans l'organisme ? Ce manque de solutions concrètes, combiné à la crainte de générer une anxiété inutile ou une demande de suivi médicalement injustifiée, explique en partie la réticence à aborder spontanément le sujet. Peu de praticiens ont modifié leur pratique clinique ; certains sont devenus plus attentifs à leur propre consommation d'eau sans pour autant en parler à leurs patients.
Un angle mort : l'allaitement maternel
Point notable, la voie de contamination par le lait maternel — pourtant documentée comme une source significative d'exposition pour le nourrisson — reste peu connue et peu abordée en consultation, y compris chez les patientes enceintes ou allaitantes.
Face à un sujet appelé à rester d'actualité, le médecin généraliste demeure un maillon essentiel de l'information préventive, à condition de recevoir les outils et le soutien institutionnel nécessaires pour remplir pleinement cette mission..
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Derniers commentaires
Sammie SOETAERT
06 aout 2026Il existe pourtant ceci : https://www.ssmg.be/pfas-autres-perturbateurs-endocriniens/ Encore faut-il prendre le temps de le lire.