Chômeurs exclus: les allocations étaient-elles toujours nécessaires ?

Les premiers chiffres de la limitation dans le temps des allocations de chômage montrent que 44% des 99.166 chômeurs de longue durée exclus du régime bénéficient désormais d'un revenu d'intégration, tandis que 56% n'en perçoivent pas. Selon une analyse publiée par le média en ligne 21 News, ces données relancent le débat sur la question de savoir si une partie des bénéficiaires avaient réellement besoin de leurs allocations de chômage.

Sur les 99.166 personnes ayant perdu leur droit aux allocations de chômage, 52.593 ont introduit une demande de revenu d'intégration auprès d'un CPAS, soit 53% des personnes concernées. Un peu plus de 43.600 demandes ont été acceptées, ce qui représente environ 44% de l'ensemble des chômeurs exclus. Ce taux est supérieur aux estimations du gouvernement fédéral, le ministre de l'Emploi David Clarinval (MR) ayant évoqué avant la réforme un recours attendu d'environ un tiers des personnes concernées.

Les chiffres mettent toutefois en évidence un autre constat: 47% des chômeurs exclus n'ont pas demandé de revenu d'intégration. Les données disponibles ne permettent pas encore d'expliquer cette situation. Certains ont peut-être retrouvé un emploi, disposent d'autres revenus, vivent grâce au salaire de leur partenaire ou ont choisi de ne pas solliciter l'aide d'un CPAS.

Parmi les demandes introduites, environ 83% ont abouti à l'octroi d'un revenu d'intégration. Les autres n'ont pas donné lieu à une décision favorable, après examen des conditions d'octroi par le CPAS. Au total, environ 56% des personnes exclues ne bénéficient pas d'un revenu d'intégration: 47% n'en ont pas fait la demande et près de 9% n'ont finalement pas obtenu cette aide.

Cette situation met en lumière la différence entre les deux dispositifs. Les allocations de chômage relèvent de l'assurance sociale et sont liées à la carrière professionnelle. À l'inverse, le revenu d'intégration n'est accordé qu'après un examen des moyens d'existence et de la situation familiale par le CPAS.

L'analyse de 21 News cite également le témoignage publié par Sudinfo d'une Bruxelloise, identifiée sous le prénom de "Louise". Elle explique avoir perçu pendant une dizaine d'années des allocations de chômage comme cohabitante alors que les revenus de son partenaire lui permettaient de vivre sans cette allocation. Après la suppression de son droit, elle n'a pas demandé de revenu d'intégration. Son cas ne permet toutefois pas de tirer des conclusions sur l'ensemble des personnes concernées.

Les chiffres ont également suscité des réactions. Sur X, le professeur de psychologie cognitive de l'Université de Gand, Wouter Duyck, estime que le fait que près de la moitié des personnes exclues ne demandent même pas de revenu d'intégration pourrait montrer qu'une partie des allocations de chômage n'étaient pas indispensables. Les statistiques disponibles ne permettent toutefois pas de confirmer cette interprétation ni d'établir les raisons pour lesquelles ces personnes n'ont pas sollicité l'aide sociale.

Les premiers résultats mettent ainsi en évidence la différence entre un régime d'assurance, fondé sur les droits acquis au cours de la carrière professionnelle, et un dispositif d'aide sociale soumis à un examen des ressources. Ils ne permettent en revanche pas de déterminer combien de personnes avaient réellement besoin de leurs allocations de chômage avant leur exclusion.

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.