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Tabac, VIH, cancer et espérance de vie

Dr Jean–Claude Lemaire - Vendredi 17 mars 2017
Dr Jean–Claude Lemaire

Si la prévalence du tabagisme a beaucoup diminué, elle demeure élevée (40 à 70%) dans la population de sujets infectés par le VIH. Cela est d'autant plus dommage qu'il est désormais démontré que l'arrêt de la cigarette s'accompagne comme chez les personnes non infectées d'une diminution progressive du risque de bon nombre de cancers.

La nouvelle prend évidemment tout son poids lorsque l'on souligne qu'une infection par le VIH bien contrôlée par le traitement a désormais beaucoup moins d'impact sur l'espérance de vie que les différentes complications cardiaques et pulmonaires (infarctus, cancers et BPCO) liées au tabac (1).

Lors de la 2017 Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections (CROI) (Seattle, 13-16 février), un travail mené sur les données de l'étude D:A:D (Data collection on Adverse events of Anti-HIV Drugs) a recherché l'incidence des cancers entre 2004 et 2015 en fonction du statut tabagique, fumeurs actifs, non-fumeurs et ex-fumeurs au moment de leur enrôlement, et chez les fumeurs ayant arrêté en cours d'étude (2).

Sur un total de 35.424 participants, 1.980 cancers ont été diagnostiqués dont:

  • 251 cancers du poumon diagnostiqués quasi exclusivement chez des fumeurs (70%) et des ex-fumeurs (21%);
  • 487 cancers connus pour être en relation avec le tabac diagnostiqués très majoritairement chez des fumeurs (52%) et des ex-fumeurs (21%);
  • 1.251 cancers sans relation prouvée avec le tabac, mais ici encore frappant plus souvent les fumeurs (47%) et les ex-fumeurs (20%).

Les analyses brutes d'incidence montrent que le risque des cancers liés au tabac (poumon exclus) diminue substantiellement au-delà d'1 an après l'arrêt du tabac et rejoint après 2 à 3 ans le risque des non-fumeurs.

Le scénario est différent pour le cancer du poumon, car chez les ex-fumeurs, le risque à 5 ans et plus de distance de l'arrêt du tabac n'est pas diminué et reste en moyenne 8 fois supérieur à celui des non-fumeurs. Une constatation qui doit inciter à ne surtout pas négliger la surveillance active des ex-fumeurs.   

1. KP Reddy et al. J Infect Dis. 2016;214:1672-81.
2. L Sheperd et al. CROI 2017 Abstract 131