You are here

«Faut-il encore et toujours frapper sur le MG de terrain?» (lettre ouverte à Maggie De Block)

Dr Philippe Burton - Mercredi 4 janvier 2017
Dr Philippe Burton

En dépit de la trêve des confiseurs et du calme dont elle s’accompagne, le Dr Philippe Burton (Woluwe-Saint-Lambert & Schaerbeek) a expédié une lettre de protestation à la ministre De Block. Il l’a confiée à Medi-Sphere. «Publiez donc, elle l’a déjà reçue. Et à la liste de mes griefs, ajoutez son attaque contre le bon fonctionnement de la médecine au forfait», ajoute ce lecteur qui exerce à la maison médicale ‘Univers Santé’. Philippe Burton déclare attendre l’âge légal de sa retraite. «Ainsi, ma place se libérera pour quelqu’un d’autre.»

Vous trouverez ci-dessous de larges extraits de sa missive expédiée durant les Fêtes à la ministre fédérale de la Santé.

«Madame la Ministre,

Quel désastre, quelle déception. Votre statut de médecin nous a permis de penser, à votre arrivée à ce poste, que nous serions entendus, compris et peut-être à nouveau un peu mieux estimés.

Nous vous avons tous cru quand vous avez annoncé que vous iriez voir les dessous des mutuelles. Nous avons tous été déçus quand une fois de plus, on est arrivé à vous faire taire sur ce point. Pourtant, et vous le savez très bien, il y avait bien plus que 950.000.000€ à récupérer. Des achats immobiliers, des comptes troubles, des campagnes du pubs sans arrêt pour des millions d'euros en prime time en TV... et tout cela avec les deniers publics.

En marketing il existe une technique qui s'appelle le benchmark: quand on ne sait pas quoi ou comment faire, on va voir ailleurs (chez nos voisins par exemple) ce qui fonctionne et on cherche à le mettre en place après une phase de test. Curieux que les mutuelles (qui n’existent pas en France, à une heure de route de Bruxelles) échappent encore une fois à ce type d'analyse: il y a sans doute trop d'enjeux politiques et financiers, ainsi qu'un lobby au plus haut niveau. (…) Pourquoi faire marche arrière là où se faisait jour une bonne idée: le contrôle des mutuelles?

Autre constat bizarre: nos médicaments sont chers, le pharmacien gagne jusqu'à 33% sur le prix d'un médicament enregistré juste pour appliquer le contenu d'une prescription (dans 99,9% des cas il est donc l'exécutant d'une fonction qui pourrait être remplie par un étudiant de 16 ans sachant lire...), sans compter les cadeaux (mais, pour nous, c’est haro sur les échantillons).

Mais non, il faut encore et toujours frapper sur le généraliste de terrain qui travaille des heures infernales, qui sombre en burn-out, qui se suicide, qui se fait agresser à l'arme blanche et par balle voire qui perd la vie. (…) Pourquoi ne pourrions-nous pas, nous médecins, nous remettre à vendre les médicaments (économie de la marge pharmacien, économie d'une partie de la marge des grossistes répartiteurs)… Ce sont des milliards d'euros qui seraient économisés et non vos malheureux 950.000.000€. Aucun déremboursement ne serait à prévoir et les malades chroniques pourraient aisément prendre soin d'eux. (…)

Eh bien, Chère Consœur, permettez-moi de penser que ces débordements, cet immobilisme sont aussi la cause du ras le bol d’une population qui en a assez de payer pour les trains de vie de nos ministres et de leur cabinet, pour le salaire déguisé en avantages de toute sorte, pour le concours du plus grand cumulard, pour les pistons nombreux...

A présent je retourne vérifier si mon logiciel de gestion fera bien son travail administratif demain:

  • la prescription électronique

  • l'attestation électronique

  • les médicaments chapitre IV via MyCareNet

  • les dossiers handicare via MyCareNet (4 plantages cette semaine pour envoyer 1 dossier car la plateforme avait une «faiblesse»)

  • le certificat d’ITT en 2 exemplaires: 1 pour le patron, 1 pour la mutuelle

(…)

A l'occasion, descendez de votre nuage politique dans la mine du terrain des soins de santé... et je n'ai pas parlé du bourbier des numéros Inami où, là encore, vous vous êtes bien fait avoir... pour le plus grand malheur d'étudiants en fin de parcours qui seront pour certains poussés au suicide.

Heureusement, c'est facile à contourner: on va faire ses études à Budapest et on revient. Avec les accords intra-communautaires, on recevra son numéro Inami au nez et à la barbe de ceux qui ont fait leurs études en belgique (avec volontairement un petit "b"). Cherchez l'erreur. De qui se fout-on?

Je m'arrête là, et comme ma maman m'a bien élevé, je vous souhaite quand même une bonne année 2017.»

Dr Philippe Burton

Réactions

Il faut savoir que depuis l'après guerre, la plupart de nos premiers ministres, à part Charles Michel, ont été présidents de mutualités, curieux, non? Luc Decorte
47 ans de pratique de médecine générale en solo . avec une vie délaissant ma vie privée. des gardes tous les 15 joursw.e et la semaine. IL y a 25 ans que je dis que la médecine générale va disparaitre. Les hopitaux sont tous gérés par des mutuelles et des spécialistes qui doivent avoir un important de consultations.
Médecin de première ligne envoie patient en urgence en deuxième ligne. Cas N° 1 Urgence vitale. Pas de problème la prise en charge immédiate est assurée. Petit hic, la situation est corrigée pour les paramètres vitaux, mais le lit doit être libéré. Retour à domicile. Pour les soins nécessaires : que la 1-ière ligne se débrouille. Souvent catastrophe, retour intempestif en ligne 2, ou R.I.P. Avec un peu de chance, convalescence prolongée. Cas N° 2 Patient non suraigu Mais âgé, isolé avec handicap de communication. Contact pris avec la 2-ième ligne. Réponse : nous sommes full. Et c'est hélas vrai. Cas 3. Hospitalisation programmée. Je ne vais pas polémiquer sur la durée de séjour en maternité puisque pour des interventions lourdes on a droit à deux trois jours (normes Inami). Il faut raison budgétaire garder! Cependant, ayant un œil sur son budget, Madame la Ministre ne pourrait-elle, pour simplifier les choses, prévoir entre les 1-ières et 2-ièmes lignes une étape tri, où suivant des critère précis (guide-lines), on réduirait les tensions entre ces deux lignes. Élimination physique de tout les cas susceptibles de perturber les statistiques euphoriques des performances de notre système de soins de santé. La formule "euthanasie" a l'avantage d'être une option personnelle du patient.
carlos rocha Bravo!!!! Commentaire plein de sens,très juste et très courageux'
Quelle tristesse de voir qu'il existe encore des médecins ignorants...de notre profession et qui écrivent sans réfléchir... Au lieu de cultiver un partenariat, profitable pour la santé du patient, comme nous nous efforçons de le faire dans notre village, on voit un tissu d'inepties idiot et non fondé. Je viens de me rendre compte que j'aurais pu commencer à travailler à 16 ans, quelle perte de temps. REMILI I.
Le Docteur Burton a tout compris ! Je lui propose également de prendre en charge la gestion des hôpitaux dirigés par les partis de gauche, les maisons de repos et leurs ristournes démesurées accordées par des groupes de pharmacies dont le conseil d'administration était constitué jusqu'à 'il y a peu par notre ex-Premier Ministre... Si effectivement il ne faut pas faire 5 ans d'études pour vendre une boîte, nous lui rappelons que nous "délivrons" le médicament prescrit par le médecin. C'est la base de la médecine en Belgique et si cela lui déplaît qu'il fasse un autre job moins stressant... Les patients reçoivent notre conseil et nous sommes le dernier garde-fou avant l'erreur médicale. Les patients nous témoignent leur confiance et nous faisons notre maximum pour en être dignes. Le nombre d'erreurs de prescriptions est en hausse depuis plus de 10 ans. Sans doute serait-il bon d'allonger la durée des études de médecine pour inculquer les bases de mathématiques et de système de poids-volume et pourcentages... Ce que ce médecin oublie est que, depuis des années, les pharmaciens prônent la concertation médico-pharmaceutique. Localement, je m'entends avec tous les prescripteurs et la relation est bilatérale et constructive. Pour terminer, une économie pourrait être réalisée au niveau du statut Inami. Le pharmacien qui travaille temps-plein bénéficie d'un montant annuel de +/-2.800 EUR, ce qui est dérisoire en rapport avec les montants avancés dans le cadre du tiers-payant chaque mois (et reversés par les mutuelles avec un mois de retard sans intérêt!). Le médecin bénéficie (sans doute mieux défendus que nous) d'un montant de 4.800 EUR/an. Sur une carrière de 35 ans, cela fait 70.000 EUR de différence par rapport à un pharmacien. On recensait récemment environ 26.500 médecins conventionnés. La différence totale sur le seul statut Inami est de 1,855 Milliards EUR. Ce montant est injustifié. Il est évident que ce raisonnement est une parodie et que les pharmaciens n'ont jamais réclamé la tête d'un autre prestataire pour tirer leur épingle du jeu et sauver ce qui peut l'être. Pour conclure, rappelons au Dr Burton que les économies ne sont pas à faire au détriment de tous les acteurs de la santé car ils sont tous nécessaires à leur niveau. Les cadeaux dont il parle sont de l'ordre de la fable et ses propos sont injurieux envers une profession respectable.
Que DeBlock dégage... les libéraux au pouvoir! une véritable catastrophe. Quand les médecins comprendront-ils que ce n'est pas avec quelques cacahuètes libérales qui le service de santé s'améliorera!
Cher Jacques. As-tu oublié Leburton et l'Etat CVP? A l'époque, nous nous sommes tous fait prendre au piège de la terre brulée. Notre perte c'est le travail comme indépendant que nous sommes pratiquement tous (généralistes et spécialistes). Pensez à notre future niveau de pension minable dont le montant il y a quelques années n'était même pas le minimum vital et bien loin du revenu du chômage. Qui donc nous a réévalué ces dernières années? Comparez le montant des pensions des fonctionnaires... C'est édifiant! Il vaut mieux des cacahuètes libérales que de la poudre aux yeux! BL
Je suis spécialiste en hôpital et en privé. J'ai un délai de consultation qui m'oblige à ajouter des patients sans arrêt. Je travaille au forfait et mon institution me dit qu'elle ne peut pas m'augmenter car elle ne rentre pas dans ses frais... Je passe mon temps à remplir des demandes de mutuelles qui sont refusées pour toutes sortes de raisons mais certainement jamais la santé de mes patients. Patients qui ne s'occupent pas de ces attestation gérées par leur pharmacien. Que dire au patient qui vient à la pharmacie chercher son médicament indispensable pour sa BPCO ou son diabète mais dont l'attestation est venue à péremption? Je me bats au quotidien avec différents logiciels qui plantent dans mon hôpital mais je dois dire que le champion toute catégorie du plantage est e-Health. Je ne pense pas qu'entretenir cette gueguerre pharmacien , généraliste et spécialiste serve nos intérêts ni ceux de nos patients. Nous sommes bel et bien dans le même bateau et c'est sûr que ce bateau va couler surtout si nous ne restons pas solidaires! Oserais je quand même vous souhaiter une Bonne année?
Tout a fait d accord. Le patient et le soignant doivent rester au centre du debat.. MC Berghezan
Je ne peux qu'aplaudir des deux mains le Dr Philippe Burton
Quelle tristesse en effet de voir un gouvernement libéral avec une ministre médecin qui fait tant de tort au système de soins de santé. Nous espérions mieux. Faire fonctionner une pratique privée ou un hôpital devient de plus en plus coûteux au vu des différentes règles, normes, etc, qui se rajoutent mois par mois. Pourtant les honoraires ne font que baisser par rapport à l'inflation. J'ai récemment comparé l'évolution des prix des endoscopies et des consultations de gastro-entérologues (dont je suis) depuis 2010 par rapport à l'indice des loyers (indice santé, donc!, et déjà sous-estimé). C'est pathétique et déprimant. On travaille plus pour gagner moins. Et cela me touche, bah, je survivrai, mais cela touche aussi l'hôpital auquel je reverse un pourcentage de mes honoraires. Les hôpitaux s'ajustent péniblement à une perte financière pour apprendre l'année suivante qu'il faut à nouveau économiser. Cela se fait toujours au détriment des soignants, les administratifs ayant tendance à embaucher plus des leurs, justifiant de la lourdeur administrative croissante. Quant aux confrères généralistes, je pense que c'est encore pire. Au vu de travail fourni et des heures prestées, je pense qu'ils devraient avoir une consultation au même tarif que les spécialistes. Saboter ainsi les soins de santé, secteur dynamique et non délocalisable, c'est se tirer une balle dans le pied au plan national. Oublient-ils que nous payons des impôts et employons des gens, que nous faisons aussi tourner l'économie? Finalement, une baisse d'honoraires c'est aussi moins d'emplois et moins d'impôts.
Comment, à notre époque peut on encore penser comme ce médecin? Sa vision est digne de l'époque d'Averroès! Une époque où on faisait tout. Et donc rien correctement. La lettre est un ramassis d'inepties! D'abord, l'attaque des mutuelles est injustifiée. Elles ont un budget qu'elles gèrent comme elles l'entendent. Les pubs,...? Leurs problèmes. Les soins sont quand mêmes remboursés. Ensuite, l'attaque des pharmaciens. Complètement déplacée! Rappelons que les pharmaciens font 5 ans d'études universitaires. Les cours de pharmacologie sont continus. Pendant qu'en médecine nous avons au plus une approche de pharmacologie. Pas même un cours de galénique. Je suppose, docteur, que vous vous permettez de dire au patient de couper un médicament non sécable en deux, ou alors d'écraser un comprimé gastroresistant afin de le faire avaler via une sonde gastrique? Eh oui, les médecins dont je fais partie sont ignorants sur beaucoup de sujets pharmacologiques. L'étudiant de 16 ans est vraiment précoce. Notre enseignement à fait un grand pas en avant, c'est bien connu. Ils ne savent plus écrire deux mots sans faute d'orthographe mais pourraient gérer une pharmacie??? La marge que vous décrivez me semble exagérée. 33%.! Je vais me recycler. J'aurais un meilleur train de vie! Les cadeaux? C'est sûr mon pharmacien part 5 fois au Seychelles chaque année. Tout ça offert par les firmes. Vous voulez revendre les médicaments? Première erreur directement dans la phrase que vous écrivez. Ils ne vendent pas, ils délivrent et conseillent. Vous êtes incapable de faire ce métier. Pourquoi pas faire kiné, dentiste, infirmier et vétérinaire aussi. Un chien ou un chat finalement, ne sont-ils pas des mammifères aussi? Je tiens également à signaler que pour pouvoir vous donner une prime de plus de 4000€ si vous prescrivez en électronique, que vous de décrier dans votre lettre, les honoraires alloués aux pharmaciens pour délivrer les médicaments chapitre IV ont été supprimés! Les conseils sont donc gratuits. Alors au lieu de cracher sur votre métier et sur les autres professions de la santé, vous feriez mieux de voir la chance que vous avez. Vos honoraires sont exorbitants. Vous consulter probablement 4 patients à l'heure, voir plus. Ce que vous fait un revenu minimum de 100€/h. Vous dites attendre l'âge de la pension? J'espère qu'elle est proche, ainsi notre honorable profession ne sera plus polluée par des idées venant de personnes d'un autre âge.
Inutile de nous insulter entre nous, différents prestataires de santé. N'insultons ni les pharmaciens ni les confrères. Concentrons-nous sur les actions du gouvernement qui sont en train de détruire notre beau système de santé. La lettre de notre confrère reflète un ras-le-bol de toute la profession qui s'appauvrit tout en étant mise sous pression croissante. Le tout au détriment ultime de nos patients, évidemment.
On termine nos études par 8 mois de stages, accompagnés 100% du temps par le pharmacien maître de stages. Celui qui est capable de reprendre une pharmacie le lendemain, chapeau-bas, pour ma part je n'étais pas prêt bien sûr. De plus, un ado un peu dégourdi pourrait peut-être aussi remplacer le MG, s'il ne sait pas diagnostiquer quelque chose, il n'a qu'à référer à un spécialiste, non? Absurde...
et terriblement réducteur